Semaine sociale 2026 : conclusions d’actualité politique
Torpeur, sidération, colère. L’actualité politique nous assaille de toute part. Afin de dépasser le sentiment légitime de désarroi, identifions quelques constats critiques, tentons d’ouvrir ensemble des perspectives éclairantes,
dans un dialogue entre les niveaux national et international, tentons de créer de la puissance d’agir.
Discours d’Ariane Estenne (présidente du MOC), Semaine sociale, 17 avril 2026.
L’actualité récente peut globalement être ordonnée selon deux catégories : les blocages et les dérives par rapport au cadre démocratique. Les blocages renvoient à tous les dossiers bloqués. Par quoi sont-ils bloqués ? Par le mépris de la population et l’ignorance des
acteurs concernés. Par la dogmatique de l’austérité que le MOC dénonce depuis des années.
Et enfin, par la mise au rebut des mécanismes de concertation sociale.
De quels dossiers s’agit-il? Des réformes en cours qui concernent chacune des branches de la Sécurité sociale. La liste est trop connue: dominations structurelles qui pèsent sur les femmes et sur les personnes racisées, sur les jeunes, les ainé·es et tous les précaires dans tous les secteurs du soin et de la santé, les aidant·es proches. Citons également la limitation du chômage, des pensions et le renforcement inique du statut de cohabitant·e. Est bloqué aussi le dossier des réformes des aides à l’emploi et leurs conséquences importantes sur les secteurs publics et associatifs, comme sur l’emploi.
En parallèle de ces blocages, nous assistons également à une dérive par rapport au cadre démocratique qui prévalait jusqu’ici dans l’État de droit. Dérives antidémocratiques par la remise en question du droit d’association et du droit d’expression. C’est le cas pour ce qui concerne la loi Quintin et sa volonté d’interdire des associations considérées comme «radicales». C’est le cas, bien réel et difficile à croire, pour une série d’associations menacées de perdre leurs subsides régionaux car considérées « trop critiques par rapport aux gouvernements ».
Dérives antidémocratiques aussi en ce qui concerne les droits culturels. C’est le cas pour les attaques virulentes contre le Pacte culturel, l’éducation populaire et tous nos dispositifs de formations citoyennes et émancipatrices. L’éducation permanente n’a jamais été si violemment remise en cause depuis le vote, il y a 50 ans, en avril 1976, de son majestueux Décret. Décret, qui, rappelons-le, à l’époque, avait été voté à l’unanimité du Parlement. Ce qui parait inconcevable aujourd’hui.
Dérives antidémocratiques enfin au sujet du respect de la vie privée et en particulier sur la protection constitutionnelle du domicile. C’est le cas manifestement en ce qui concerne les visites qui introduisent littéralement un droit de perquisition généralisée. Quels garde-fous existent encore quand une ministre ou des porte-paroles politiques s’asseyent sur des décisions de justice et remettent en cause la séparation des pouvoirs ?