Inégalités : limiter pour mieux redistribuer
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Le 13 septembre dernier, les rues du quartier Prince dʼOrange à Uccle – bastion huppé où vivent les personnes parmi les plus fortunées de Belgique – étaient envahies par une parade festive « pour lʼéradication de lʼultra-richesse ». Cette action a été initiée par le collectif citoyen Stop the Rich qui entend rappeler cette réalité : lʼargent existe en Belgique et il faut aller le chercher, notamment au moyen de mesures visant la justice fiscale entre les différentes classes (imposition des héritages, richesse maximale autorisée, lutte contre lʼévasion et lʼoptimisation fiscales, etc.).
C’est une photo de cette parade, signée Stéphane Lagasse, qui ouvre ce numéro et en donne le fil rouge : et si, quand on aborde la question des inégalités, on retournait la focale vers le sommet de la pyramide sociale et on se concentrait sur les mécanismes d’accumulation qui fabriquent la pauvreté?
Regarder le plafond plutôt que le plancher, cʼest ce que font le chercheur en économie écologique Martin François, et lʼéconomiste et philosophe Ingrid Robeyns.
Dans un contexte de concentration croissante des revenus et du patrimoine entre les mains de « super-riches », le premier interroge, à travers une large enquête qualitative, lʼopinion publique sur lʼidée dʼun revenu maximum et selon quelles modalités elle pourrait rencontrer une plus forte adhésion. La seconde plaide, à travers sa théorie du « limitarisme », pour un plafonnement de la richesse individuelle. Aller chercher lʼargent là où il déborde, et le redistribuer là où il manque : une urgence démocratique, sociale et écologique.
Pourtant, le scénario politique et sociale dʼaujourdʼhui est bien différent. Lʼéconomiste Nabil Sheikh Hassan décrypte les logiques socio- économiques du gouvernement Arizona, entre marchandisation tous azimuts et réduction du périmètre de lʼÉtat. Cette offensive se déploie sur des fronts multiples, de la flexibilisation du temps de travail à la tentative méthodique de délégitimer lʼimpôt et la sécurité sociale. Exemple avec lʼassurance-chômage qui « pèse de moins en moins lourd sur les finances publiques». Un constat, à rebours des préjugés et argument budgétaire, quʼétaye Jonathan Vandescotte, conseiller politique au MOC à partir d’une étude réalisée avec l’économiste Louise Lambert.
Au-delà des chiffres, penser les limites demande de pouvoir dépasser des mythes tenaces, comme la méritocratie ou lʼidée dʼun droit absolu à la propriété privée, et de travailler à convaincre de la faisabilité dʼun tel projet. Il faut pour cela, écrit Martin François, « sʼefforcer de se libérer des limites actuelles de lʼimagination collective en proposant un cadre alternatif pour comprendre le fonctionnement dʼune économie comportant des limites de revenu ».
Comme le souligne Nabil Sheikh Hassan, « du dérèglement climatique à lʼintelligence artificielle en passant par la course au réarmement, le futur proche invite à formuler et incarner un projet qui permette au plus grand nombre de se projeter dans une vie bonne », conviant les acteurs concernés (partis dʼopposition, syndicats, mouvements sociaux) « à monter sur scène avec un texte plus enthousiasmant et la conviction quʼils peuvent le concrétiser ». Entre limitarisme et militarisme, il nʼy a finalement que quelques lettres à déplacer pour imaginer un futur sans inégalités…
Revenu maximum : les raisons des « pour » et des « contre »
La concentration croissante des revenus et du patrimoine entre les mains d’une minorité de «super-riches» s’accompagne d’un accroissement des inégalités économiques qui compromettent les idéaux démocratiques de nos sociétés et la satisfaction des besoins fondamentaux. À cela s’ajoute l’impact environnemental des modes de vie polluants des plus fortuné.es. Face à ces enjeux, une mesure comme le revenu maximum suscite un intérêt grandissant. En quoi consiste exactement cette proposition? Bénéficie-t-elle d’un soutien dans l’opinion publique? Et pour quelles raisons? Résultats d’une enquête qualitative.
MARTIN FRANÇOIS, HEC Management School; ULiège, JAYEON LEE, University of Gothenburg; PHILIPPE ROMAN, ICHEC Brussels Management School; KEVIN MARÉCHAL, Gembloux AGRO-BIO TECH, ULiège
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