Conseil politique du MOC, 28 juin 2025
Positions Motions Résolution d'action International

Notre action concernant la situation en Palestine

Alors que la situation géopolitique est aujourd’hui extrêmement tendue, que l’OTAN avance vers un accord effarant où les pays membres pourraient consacrer 5% de leur PIB à la Défense, que la diplomatie apparaît désormais marginalisée, que la loi du plus fort devient la règle au mépris du droit international, il est nécessaire pour le MOC de rappeler dans ce contexte notre indéfectible soutien à la cause palestinienne et à la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui affirme dans son article premier que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

Un génocide en cours

La Palestine occupe une place importante dans l’action internationale du Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) depuis de nombreuses années. Avant octobre 2023, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement colonial et d’extrême droite en Israël, le développement d’un arsenal légal instituant formellement une politique d’apartheid, la criminalisation de nombreuses organisations palestiniennes (mais aussi israéliennes) de droits humains et l’assassinat de militant‧es et de journalistes avaient renforcé la volonté du MOC et de ses organisations d’approfondir notre compréhension de la situation, de nous outiller, de nous former et d’affiner notre positionnement politique afin d’améliorer notre capacité d’agir.

Depuis les attaques meurtrières injustifiables perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023, la situation est devenue plus dramatique que jamais et totalement intenable. Poussée par un désir de vengeance, c’est une offensive totale, sans limite que l’armée israélienne, soutenue par une large majorité de la population israélienne, a lancée ensuite contre la bande de Gaza avec des déportations massives, des destructions systématiques d’habitations, d’écoles, d’hôpitaux, de champs et d’autres infrastructures. Alors que, jusqu’à présent, on évoquait plus de 55.000 décès identifiés et 128.000 blessé·es, essentiellement des personnes civiles, des analyses récentes évoquent des chiffres potentiellement plus importants encore[1]. Les plus de 60 ans, les moins de 18 ans et les femmes représentent plus de 60% des victimes. Nous assistons à l’anéantissement de cette partie de la Palestine, tandis que la Cisjordanie est sous blocus complet.

Nous ne sommes pas face à une « crise humanitaire » ni à une « simple » guerre. Ce qui se déroule à Gaza depuis octobre 2023 – et dans le cadre plus large du régime israélien envers les Palestinien·nes – correspond aux critères du crime de génocide, tels que définis dans l’article II de la Convention de 1948[2]. Ce n’est pas une opinion, c’est une qualification juridique en cours d’examen à la Cour internationale de Justice, avec des preuves accablantes d’intention génocidaire et d’exécution méthodique.

Face au drame qui se déroule sous nos yeux, la boussole de la Belgique et de l’Union européenne, comme le signalait déjà notre motion de 2023, doit plus que jamais rester le droit international, la protection de la vie, de la dignité et des droits humains. Nous appelons encore maintenant à un cessez-le-feu complet, immédiat et permanent, à la libération de tous les otages, des prisonniers politiques, à la protection de toutes les populations civiles, et à l’accès urgent à l’aide internationale pour la population gazaouie actuellement en urgence humanitaire absolue. Nous souhaitons réitérer de manière forte notre solidarité et notre soutien avant toute chose à la lutte historique du peuple palestinien pour son autodétermination ainsi qu’à la société civile palestinienne[3].

Des mobilisations importantes mais insuffisantes

Pour le MOC, ce qui se joue en Palestine ne se définit pas par un simple « conflit », mais bien par un fait colonial dont les Palestinien.nes sont les victimes quotidiennes depuis 77 ans. En conséquence, nous soutenons différentes campagnes visant à faire pression, au niveau économique, politique et diplomatique, culturel et artistique, sur l’État d’Israël et les entreprises qui sont actives dans les colonies illégales en Cisjordanie, comme « DBIO » (Don’t Buy Into Occupation), « Made in Illegality » ou encore la campagne « BDS » (Boycott, Désinvestissement et Sanctions). Le MOC appelle également à une politique de différenciation pour exclure des accords bilatéraux les entreprises impliquées dans les processus de colonisation.

Le MOC et ses organisations constitutives ont également soutenu les différentes manifestations organisées par l’ABP ces derniers mois, en coordination avec un vaste panel d’organisations, notamment palestiniennes, pour dénoncer les massacres commis par le gouvernement israélien. D’autre part, un travail important de formation et d’analyse a été entrepris avec nos groupes, des débats avec des représentant.es politiques ont été organisés tandis que le CIEP publiait une grande étude intitulée « La Palestine, une boussole pour le mouvement social » et que nos organisations, et plus particulièrement la CSC, renforçaient leur action de soutien à la Palestine.

Mais le constat est clair : si beaucoup de choses ont été mises en place, cela n’est pas suffisant. Depuis le 7 octobre 2023, nous sommes témoins de l’accélération de l’effondrement de nombreux cadres de référence, dont la violation du droit international. Nos réponses, face au génocide en cours à Gaza, en tant que Mouvement social, doivent être à la hauteur de ce contexte.

Agir de manière ciblée et conjointe

Un Mouvement social ne peut pas se taire face à un génocide, transmis en direct sur nos écrans par ses propres victimes, face à l’extermination d’un peuple organisée par un gouvernement d’extrême droite qui mène une politique d’apartheid. Nous ne pouvons pas nous abstenir d’agir face à la destruction, à la colonisation, à la déportation, face à un racisme assumé qui déshumanise. Toute l’action du gouvernement israélien à l’encontre de la Palestine est à l’exact opposé de nos valeurs. La situation actuelle pourrait aller jusqu’à remettre en question le cadre juridique des relations internationales dans son ensemble, et avec elle la pertinence d’institutions comme l’ONU ou la Cour Internationale de Justice.

Ce qui se détermine à Gaza, c’est bien plus qu’une guerre, ce sont nos valeurs qui risquent de sombrer : l’universalité des droits, la justice, l’équité, la dignité humaine, la solidarité. Des mobilisations importantes mais insuffisantes Agir de manière ciblée et conjointe 3Les autorités belges ne peuvent plus ignorer le puissant mouvement de solidarité avec le peuple palestinien et le refus massif de la société belge d’être complice de l’extermination de tout un peuple, comme l’a démontré la présence de 110 000 personnes lors de la manifestation du 15/6[4]. Selon le Grand Baromètre du Soir[5], 69 % des Belges estiment que l’Europe (et donc la Belgique) doit imposer des sanctions contre Israël comme elle l’a fait pour la Russie. Côté néerlandophone, la proportion d’opinions favorables monte même à 74%.

Le MOC et ses organisations appellent dès lors à la reconnaissance immédiate par la Belgique de l’État palestinien et soutiennent très largement l’appel suivant de l’ABP :

  • Les parlementaires fédéraux doivent adopter en urgence une résolution qui dénonce le génocide commis contre les populations de Gaza, les crimes de guerre de l’armée israélienne et les agressions criminelles incessantes des colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ;
  • Le Parlement et le gouvernement doivent adopter un fonds spécial exceptionnel pour l’aide d’urgence aux victimes et la reconstruction de Gaza ;
  • Les gouvernements et les parlements régionaux doivent valider d’urgence un cadre mettant fin à l’intolérable transit par la Belgique de matériel militaire à destination d’Israël, dont la poursuite nous rend complices du génocide en cours ;
  • Le gouvernement fédéral doit rappeler l’ambassadeur de Belgique en Israël, intervenir auprès des instances européennes pour la suspension immédiate de l’accord d’association UE-Israël, plaider à l’ONU pour la protection des populations palestiniennes et œuvrer à garantir à l’UNRWA et aux organisations humanitaires qu’elles soient en mesure de secourir les survivant·es.

Le MOC exige également la reconnaissance du statut de réfugié·e politique aux Palestinien·nes, dans le respect de la Convention de Genève.

Par ailleurs, nous exhortons les pouvoirs publics à ne pas travailler avec des entreprises liées à la colonisation et le MOC et ses organisations s’engagent à intensifier leur soutien à la campagne « Boycott, Désinvestissement, Sanctions » (BDS).

La campagne BDS, fondée en 2005 à l’appel de la société civile palestinienne, constitue aujourd’hui le principal cadre d’action non violent et international pour mettre fin à l’apartheid, à l’occupation et aux violations systématiques des droits fondamentaux des Palestinien·nes


[1] https://dataverse.harvard.edu/dataset.xhtml? persistentId=doi%3A10.7910%2FDVN%2FQB75LB&fbclid=IwY2xjawLHoBVleHRuA2FlbQIxMAABHkoesXfbMZvMD A3ShOMEMXUFTxm5bWI_m7m7xD-V0QMJImEIhPdZncWdEikB_aem_s8yS6yQGIq9unDtS1kQxiA

[2] https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms/instruments/convention-prevention-and-punishment-crimegenocide

[3] Tout comme aux membres de la société civile israélienne et de celle d’autres peuples de la région qui soutiennent la paix et se mobilisent pour le respect des droits humains.

[4] https://www.lesoir.be/681876/article/2025-06-15/des-milliers-de-manifestants-bruxelles-pour-former-une-lignerouge-contre-la

[5] https://www.lesoir.be/680731/article/2025-06-10/grand-barometre-une-large-majorite-de-belges-favorables-dessanctions-contre [6] « Les Parties contractantes confirment que le génocide, qu’il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu’elles s’engagent à prévenir et à punir ».

[7] Voir notamment quelques exemples marquants dans « La Palestine, une boussole pour le mouvement social », page 22.