La gauche peut-elle reconquérir l’hégémonie culturelle ?
Hégémonie, théorie, projet… à l’heure d’affronter l’hiver réactionnaire, où en est la gauche en Belgique francophone ? Que doit-elle faire pour se renouveler ? Le débat qui suit entre différentes figures progressistes issues d’horizons divers illustre l’étendue du chantier.
Vous avez dit « hégémonie politique » ?
La revue Politique a réuni pour en parler Ariane Estenne, présidente du Mouvement ouvrier chrétien, Jérôme Van Ruychevelt Ebstein, communicant politique et Daniel Zamora, professeur de sociologie à l’ULB.
POLITIQUE Avons-nous basculé dans une hégémonie de droite ?
DANIEL ZAMORA Je n’irais pas jusque-là… Mais les dernières élections ont montré un infléchissement assez substantiel. Et sur un certain nombre de sujets, tels que le chômage ou les impôts, je pense que ce discours a une assise profonde dans la société et que sans une sérieuse remise en cause à gauche, le vent ne risque pas de changer de cap. Même les symboles historiques de la gauche, telle que la Sécurité sociale, sont souvent défendus d’une manière assez peu politique. Avec de vagues références à la solidarité, mais détachées d’un projet d’ensemble.
ARIANE ESTENNE Je pense également qu’il faut relativiser l’idée d’une hégémonie de la droite. Et il faut aussi distinguer les discours et les faits. En Belgique, nous venons d’un modèle d’État social fort. Il existe toujours une plus grande protection sociale qu’ailleurs. Mais en même temps, un glissement se produit dans les paroles, y compris dans les espaces considérés comme des bastions de gauche. Les discours se droitisent aussi dans les médias. Tout l’intérêt du sujet est donc bien d’observer ces mouvements, qui ne sont pas nécessairement unilatéraux.
« La seule solution, c’est de réunir des gens, créer des espaces collectifs, au calme. »![]()